Bruno de Cessole à propos de Renaud Camus
01/04/07
L’appartenance est-elle une tare ?
Exprimer la fierté d’appartenir à un pays qui a joué un rôle majeur dans l’Histoire, prétendre protéger l’identité nationale, témoigner son attachement à l’hymne et au drapeau de sa nation, voilà qui serait inconvenant et même scandaleux au regard de certains, tout du moins quand il s’agit de la France… À qui incombe la responsabilité de cet opprobre ?PARTI PRIS
L’appartenance est-elle une tare ?
Ainsi que l’a prouvé une récente proposition d’un candidat à la présidentielle, le mot “identité” fait pousser les hauts cris à une certaine frange de la population. Comme s’il s’agissait d’une offense ! Pareillement, une autre candidate a jeté la consternation dans son propre camp en faisant chanter l’hymne national à la fin de ses réunions électorales et, qui plus est, en exprimant le désir que chaque foyer détienne et arbore, en certaines occasions solennelles, le drapeau tricolore. Partout ailleurs, ces projets ou ces vœux ne feraient pas ciller tant ils paraîtraient normaux, voire évidents.
Exprimer la fierté d’appartenir à un pays qui a joué un rôle majeur dans l’Histoire, prétendre protéger l’identité nationale, témoigner son attachement à l’hymne et au drapeau de sa nation, voilà qui serait inconvenant et même scandaleux au regard de certains, tout du moins quand il s’agit de la France… À qui incombe la responsabilité de cet opprobre ?
À l’influence des partis et mouvements d’extrême gauche dans notre histoire, tous peu ou prou sympathisants de l’idéal internationaliste, sans doute. Mais aussi à l’idéologie antiraciste et à l’extension infinie de son champ d’action, assure l’écrivain Renaud Camus dans un pamphlet qu’aucun éditeur français n’a eu, semble-t-il, l’audace de publier, à rebours d’un petit éditeur suisse. Reprenant à son compte la formule par laquelle Alain Finkielkraut avait défini cet antiracisme dogmatique et intolérant, « le communisme du XXIe siècle », Renaud Camus met en lumière l’extension perverse d’une idéologie, dont il ne conteste pas le bien-fondé initial, à d’autres cibles : les peuples, les civilisations, les cultures, bref, les origines en général, frappés d’interdit ou, à tout le moins, justiciables d’un soupçon infamant. Sous la “houlette inversée d’Hitler”, dont la carrière posthume se poursuit avec un succès éblouissant dans les pays qu’il soumit autrefois à sa botte, a surgi un monde imaginaire et inquisitorial postulant la dénégation impudente du réel.
Sous peine d’encourir l’accusation suprême de racisme, les pays de la Vieille Europe ont, à des degrés divers, renoncé à défendre l’accès de leur sol et de leur généreux système de protection aux immigrés des pays sous-développés, ils se sont résignés à dissoudre leur identité, à abdiquer leur “vouloir-vivre”, à renier leur histoire et leur mémoire collective.
Le malheur a voulu que l’impérialisme de l’antiracisme abusif coïncide avec l’effondrement du système éducatif, et la déculturation croissante de la population, qui auraient pu endiguer le phénomène. De sorte, selon Camus, que l’Europe en général et la France en particulier s’acheminent vers une sorte de “libanisation” irrémédiable de la société. Contre cette disparition programmée, l’auteur ne voit guère de thérapie salvatrice.
Deux remèdes, expose-t-il, seraient pires que le mal, une politique nataliste, car celle-ci profiterait avant tout à l’immigration ; et le vote Le Pen, car l’idéologie antiraciste prospère et embellit sur le terreau des idées et des propositions du Front national. Le drame, précisément, serait d’avoir abandonné la critique de l’antiracisme dogmatique à un politique infréquentable qui fait tout, du reste – et c’est une honnêteté qu’il faut lui reconnaître –, pour décourager ceux qui, par désespoir, seraient tentés de voter pour lui…
Le Communisme du XXIe siècle, de Renaud Camus, éditions Xenia, 104 pages, 11 EUR.
Bruno de Cessole
Valeurs Actuelles n° 3670 paru le 30 Mars 2007