Rafik Ben Salah vu par Jean-Louis Kuffer
L'apport de l'étranger
La richesse de la culture helvétique doit
beaucoup à tout ce que nos concitoyens, longtemps poussés
au voyage ou à l'expatriation pour motifs économiques, ont
ramené au pays, autant qu'à l'apport humain et culturel lié
à l'immigration, notamment dans la seconde partie du XXe
siècle.
Curieusement, le regard de l'étranger sur notre pays reste
assez sporadique en littérature, pour ne pas dire
insignifiant, dans l'aire romande en tout cas. Il est vrai
que les auteurs d'origine étrangère qui se sont intégrés
dans notre littérature ne sont pas encore si nombreux que
nous ne puissions les citer de manière presque exhaustive.
Le plus représentatif, et le plus marquant aussi du point
de vue littéraire, est assurément Rafik Ben Salah (né en
1948), Tunisien de naissance passé par la Sorbonne avant de
s'établir à Moudon où il enseigne. Conteur truculent à la
manière orientale, Ben Salah est également un observateur
aigu de la société patriarcale et machiste dont il est issu
et où il a gardé de forres attaches. Lié par sa famille à
un grand personnage du pouvoir, l'écrivain n'a pas craint
d'exprimer de vives critiques à l'encontre du monde
politique en butte à la corruption et fauteur d'arbitraire,
et d'illustrer, par maints écrits, les aspects régressifs
d'une société dont il célèbre par ailleurs la bonne vie
avec générosité. S'il a reçu en 2004 le Prix de
l'Association vaudoise des écrivains pour l'ensemble de son
œuvre, Rafik Ben Salah s'est pourtant borné à parler
de son seul pays dans tous les livres qu'il a publiés en
Suisse romande, à commencer par les Lettres scellées au
Président (1991) et La Prophétie du chameau
(1993), suivis du Harem en péril (Prix littéraire
Lipp-Genève 1999) et les Récits de Tunisie (2004),
où les thèmes de la condition féminine ou du conflit entre
tradition et modernité, notamment, se trouvent abordés sans
partis pris.
Source :
Impressions d'un lecteur à Lausanne, Bernard Campiche
éditeur, 2007, pp. 172-173