Jürgen Elsässer : « Le 11 septembre se répète à l'infini ! »
22/09/06 Catégories : Entretiens
Août 2006. Alors que les bombes ravagent le Liban, l'opinion modiale est tétanisée par l'annonce d'un terrifiant massacre aérien... évité de justesse par les services secrets britanniques! Cette « bonne nouvelle » pour tous les touristes du milieu de l'été est tombée avec un à-propos extraordinaire.
Jürgen Elsässer, journaliste d'investigation à Berlin, est un spécialiste de la guerre secrète. Auteur de La RFA dans la guerre au Kosovo et de Comment le Djihad est arrivé en Europe, il étudie avec une rigueur méthodique les réseaux islamistes liés à la nébuleuse « Al Qaida » et leurs relations avec les puissances occidentales. Montrant que les « diables » islamistes forment désormais un ingrédient indispensable de la politique d'expansion de l'empire américain. Suite à l'annonce de cette nouvelle menace pour la sécurité des Européens, il a accordé un entretien éclairant au Journal Franz Weber, entretien que nous reproduisons ici.
▼ Question: Des attentats monstrueux perpétrés avec des explosifs cachés dans des bouteilles de boissons gazeuses: c'est plus fort encore que les avions détournés avec des cutters. Y croyez-vous?
• Réponse: c'est évidemment difficile à croire, au vu des incohérences immédiatement apparues dans l'explication officielle de cette affaire. A en croire les médias, les terroristes auraient conçu des explosifs à deux composants qui devaient être assemblés à bord. Mais quels composants ? On nous parle de nitroglycérine et de nitrométhane, deux produits extrêmement dangereux qui peuvent exploser au moindre choc. Impensable! Le Spiegel, lui, penche plutôt pour le TATP, le triacétonetriperoxyde, car il serait facile à fabriquer avec du solvant pour vernis à ongles et d'autres produits de droguerie. Mais « Le TATP requiert beaucoup de temps pour sa fabrication, ce n’est qu’au bout de plusieurs heures que la poudre explosive se forme au fond de l’éprouvette. Par contre, d’innombrables accidents survenus lors du mélange des composants témoignent de l’instabilité mortelle de ce produit lors de sa fabrication ». On nous prie donc de croire que les terroristes envisageaient de s’enfermer pendant des heures dans les toilettes de l’avion, en espérant que le cocktail mélangé ne leur saute pas entre les doigts avant d’avoir atteint la puissance requise.
Mieux encore: selon le Guardian du 13 août, aucune des personnes arrêtées n’avait réservé ni acheté son billet d’avion ! Alors pourquoi les soupçonne-t-on ? À cause de conversations téléphoniques et de courriers électroniques échangés... C'est insuffisant, comme indices d'un « méga-attentat »...
Je ne nie pas l'existence de réseaux violents en Europe, au contraire. Mais il me semble que cette affaire a été montée de manière trop hâtive et trop opportune pour pouvoir tromper le monde bien longtemps.
▼ Dans votre livre, vous formuliez déjà des soupçons semblables au sujet des attentats de Londres de juillet 2004...
• En effet. Pour peu qu'on regarde au-delà de la propagande officielle, cette affaire fait apparaître des anomalies inquiétantes. Par exemple, le fait que le responsable présumé de ces attentats, Haroun Rachid Aswat, était un agent double protégé par le MI-6, les services secrets anglais, pour qui il travaillait. Ou ce fait d'observation que l'explosif du métro devait être, au vu des dégâts, placé sous le plancher des wagons et non dans des sacs à dos à l'intérieur.
▼ En réalité, vous mettez en cause la responsabilité des Occidentaux dans tous les grands attentats depuis le 11 septembre. C'est une accusation très lourde.
• Mais qui repose sur des faits simples. Je me suis efforcé de laisser de côté le brouhaha médiatique pour remonter les pistes et établir les activités exactes des auteurs de ces attentats. La plupart de ces hommes (par exemple, 5 des 7 responsables présumés du 11 septembre) travaillaient ou avaient travaillé pour les services occidentaux: CIA, MI-6 anglais ou BND allemand. A commencer, du reste, par le plus célèbre d'entre eux: Oussama Ben Laden.
Au départ, les Américains se sont contentés de transposer en Europe le modèle de lutte islamiste qu'ils avaient implanté en Afghanistan, grâce justement à leur agent Ben Laden. Ils ont profité de la guerre civile yougoslave pour implanter en Bosnie, puis au Kosovo, de véritables têtes de pont du fondamentalisme violent. Ces mêmes militants, vétérans de Bosnie, on les retrouve ensuite impliqués dans les attentats de New York, Madrid ou Londres.
La conclusion s'impose d'elle-même.
▼ Comment en êtes-vous venu à cette conclusion?
• Par un travail d'enquête personnel, mais aussi par le recoupement classique des sources. Et, dans le cas de la Bosnie, à une source dont personne en Occident ne s'est soucié: la presse locale! En effet, la greffe de l'islamisme international dans cette province d'Europe est amplement documentée, au jour le jour, par la presse bosniaque elle-même. Ces journalistes ont pris bien plus de risques que leurs confrères européens, qui se contentaient la plupart du temps de répéter les slogans de relations publiques de leurs autorités.
▼ Quel est le rapport entre les attentats « déjoués » en Grande-Bretagne et la guerre au Liban?
• C'est assez évident. Grâce à d'hypothétiques explosifs liquides de fabrication « maison », on a pu masquer une pluie de bombes industrielle et dévastatrice sur une population en majorité innocente. Le Spiegel, par exemple, titrait : « La stratégie du massacre de masse ». Parlait-il de ce qui se passait au Liban? Pas du tout: de ce qui aurait pu se passer en Europe!
Si l'on remonte à la source, par ailleurs, c'est du Liban qu'est parti le « signal d'alarme » qui a déclenché cette panique. C'est au cours d'un raid israélien, en effet, qu'on aurait retrouvé les plans de l'attaque. Le message à l'intention des opinions est clair: si Israël n'avait pas envahi le Liban, des Européens seraient morts par centaines. Le public est ainsi sommé de ravaler son indignation. De toute façon, le malheur des autres est vite oublié.
▼ On dirait qu'il y a là comme un système déjà rodé, pour ainsi dire une routine?
• En effet: depuis la chute de l'URSS, l'Occident a un besoin constant d'ennemis. Dans les années 90, c'étaient les Serbes, qu'on faisait passer pour un peuple sanguinaire à coups de montages médiatiques devenus des cas d'école. C'est sur un tel montage — le « massacre » de Racak au Kosovo — qu'on s'est fondé pour bombarder la Serbie pendant 80 jours, en 1999. Aujourd'hui, même le TPI a dû retirer l'invraisemblable Racak de son réquisitoire, et les médias ne l'ont même pas relevé!
Ne parlons même pas des « armes de destruction massive », ce mensonge total inventé pour occuper et détruire l'Irak.
De ce point de vue, la guerre actuelle du Liban, et la diversion opérée en Europe, s'inscrivent dans la stratégie d'ensemble de l'empire global. Derrière le Hezbollah, c'est l'Iran qu'on vise. Et derrière le fantassin israélien, c'est l'empire américain qui pousse les pions.
▼ Justement: quelle est-elle, cette stratégie? Les Américains semblent incapables d'éteindre les incendies qu'ils déclenchent, et pourtant ils ne cessent d'en allumer de nouveaux...
• S'il s'agit seulement de s'approprier les ressources énergétiques, la méthode est évidemment désastreuse: les régions ainsi dévastées et livrées à la violence sont inexploitables pour longtemps. Mais ce n'est pas tant le besoin d'ordre qui anime l'administration américaine, que la tendance au « chaos créatif ». N'oublions pas que le gouvernement américain est la marionnette du lobby militaro-pétrolier. Or, plus il y a de chaos, et plus on fait de bénéfices sur les armes et le commerce du pétrole... C'est la seule explication possible pour une politique aussi désastreuse.
(Entretien
accordé au Journal Franz Weber, automne 2006.)