ÿþ<!DOCTYPE html PUBLIC "-//W3C//DTD XHTML 1.0 Strict//EN" "http://www.w3.org/TR/xhtml1/DTD/xhtml1-strict.dtd"> <html xmlns="http://www.w3.org/1999/xhtml"> <head> <meta http-equiv="content-type" content="text/html;charset=iso-8859-1" /> <meta name="generator" content="RapidWeaver" /> <link rel="stylesheet" type="text/css" href="../../rw_common/themes/Xsimple/styles.css" /><link rel="stylesheet" type="text/css" href="../../rw_common/themes/Xsimple/css/styles/xenia.css" /><link rel="stylesheet" type="text/css" href="../../rw_common/themes/Xsimple/css/width/width_default.css" /><link rel="stylesheet" type="text/css" href="../../rw_common/themes/Xsimple/css/sidebar/sidebar_right.css" /><style type="text/css" media="all"></style><script type="text/javascript" src="../../rw_common/themes/Xsimple/javascript.js"></script><script type="text/javascript" language="JavaScript"></script> <title>Entretiens</title> </head> <body class="blog-archive-background"> <div class="blog-archive-headings-wrapper"> <div class="blog-archive-month">Entretiens</div> <div class="blog-archive-link"><a href="../index.html">XENIA EDITIONS -- Actuel</a></div> </div> <div class="blog-archive-entries-wrapper"> <div id="unique-entry-id-19" class="blog-entry"><div class="blog-entry-title">Massimo Introvigne : Illumin&eacute;s, extraterrestres et superstitions modernes&hellip;</div><div class="blog-entry-date">10/12/2006 <span class="blog-entry-permalink"> |&nbsp;<a href="entretien_introvigne.html">Lien permanent</a></span></div><div class="blog-entry-body"><span style="font:12px Trebuchet, Verdana, serif; "><h3>En septembre 2006, l'auteur de <a href="http://www.editions-xenia.com/livres/illumines/"><em>Les Illumin&eacute;s et le Prieur&eacute; de Sion</em></a> a r&eacute;pondu &agrave; quelques questions qui venaient tout naturellement &agrave; la lecture de son essai &agrave; la fois ironique et &eacute;rudit sur la complotologie &laquo;danbrownesque&raquo;. Un exemple de &laquo;d&eacute;masquage&raquo; caustique et&nbsp;intelligent.</h3> </span><span style="font:12px Trebuchet, Verdana, serif; font-weight:bold; "><br /><br /><br />Q.&nbsp;: Dans votre livre, la popularit&eacute; ph&eacute;nom&eacute;nale des romans de Dan Brown sert de point de d&eacute;part &agrave; une r&eacute;flexion sociologique &eacute;largie sur l&rsquo;&eacute;poque o&ugrave; nous sommes. En tout premier lieu, vous relevez que le talent ou l&rsquo;originalit&eacute; de l&rsquo;auteur entrent pour une tr&egrave;s faible part dans la recette du succ&egrave;s. Quels en sont d&egrave;s lors les ingr&eacute;dients principaux&nbsp;?<br /></span><span style="font:12px Trebuchet, Verdana, serif; "><br /></span><span style="font:12px Trebuchet, Verdana, serif; font-weight:bold; ">M.&nbsp;I.&nbsp;:</span><span style="font:12px Trebuchet, Verdana, serif; "> En effet, les romans &eacute;crits par Dan Brown avant 2003, qui ne sont pas pires que </span><span style="font:12px Trebuchet, Verdana, serif; "><em>Da Vinci Code, </em></span><span style="font:12px Trebuchet, Verdana, serif; ">n&rsquo;ont connu le succ&egrave;s que lorsqu&rsquo;ils ont &eacute;t&eacute; r&eacute;imprim&eacute;s en exploitant le succ&egrave;s de celui-ci. Dan Brown revient dans toute sa production sur le th&egrave;me du Complot avec un grand C. Or, ce th&egrave;me &eacute;tait consid&eacute;r&eacute; comme abus&eacute;, et &eacute;tait m&ecirc;me ridiculis&eacute;, avant le 11 septembre 2001. C&rsquo;est donc le 11 septembre qui a tout chang&eacute;. Sans oublier que les attaques contre l&rsquo;&Eacute;glise Catholique ont retrouv&eacute; une popularit&eacute; aux &Eacute;tats-Unis apr&egrave;s les scandale des pr&ecirc;tres p&eacute;dophiles&hellip;<br /></span><span style="font:12px Trebuchet, Verdana, serif; "><br /></span><span style="font:12px Trebuchet, Verdana, serif; font-weight:bold; ">Q.&nbsp;: Apr&egrave;s l&rsquo;histoire romanc&eacute;e, observez-vous, nous voici t&eacute;moins du roman historicis&eacute;. Ce n&rsquo;est pas pour le r&ecirc;ve qu&rsquo;on lit Dan Brown, mais au contraire pour y trouver une explication de la r&eacute;alit&eacute; &mdash; et le romancier a sciemment jou&eacute; de cette confusion. La manipulation des consciences par des fictions savamment orchestr&eacute;es est &eacute;galement devenue un outil du pouvoir politique. Dans quelle mesure </span><span style="font:12px Trebuchet, Verdana, serif; font-weight:bold; "><em>Da Vinci Code</em></span><span style="font:12px Trebuchet, Verdana, serif; font-weight:bold; "> et </span><span style="font:12px Trebuchet, Verdana, serif; font-weight:bold; "><em>Anges et D&eacute;mons</em></span><span style="font:12px Trebuchet, Verdana, serif; font-weight:bold; "> sont-ils des r&eacute;v&eacute;lateurs ou des m&eacute;taphores des techniques de pouvoir postmodernes&nbsp;?<br /><br />M.&nbsp;I.&nbsp;: </span><span style="font:12px Trebuchet, Verdana, serif; ">La nouveaut&eacute; de Dan Brown ne consiste pas &agrave; faire des romans o&ugrave; l&rsquo;on attaque le christianisme ou J&eacute;sus-Christ lui-m&ecirc;me. Pour en rester &agrave; l&rsquo;Italie, Giuseppe Garibaldi et Benito Mussolini &mdash; ce dernier dans sa phase anticl&eacute;ricale et socialiste d&rsquo;avant la Premi&egrave;re guerre mondiale &mdash; en faisaient d&eacute;j&agrave;. Sa nouveaut&eacute; consiste &agrave; dire, jusqu&rsquo;&agrave; le jurer dans des tribunaux comme &agrave; Londres, que ses romans ne sont pas que des romans, mais qui r&eacute;v&egrave;lent des v&eacute;rit&eacute;s cach&eacute;es sur les origines du christianisme et sur l&rsquo;&Eacute;glise. Comme on sait d&eacute;sormais que les documents qu&rsquo;il utilise sont tous faux, il s&rsquo;agit d&rsquo;une v&eacute;ritable &oelig;uvre de d&eacute;sinformation. Peu de gens ont d&rsquo;ailleurs not&eacute; que Dan Brown n&rsquo;est pas seulement antichr&eacute;tien. Il est contre tout savoir institutionnel auquel, comme beaucoup de &laquo;&nbsp;complotistes&nbsp;&raquo;, il oppose l&rsquo;anti-savoir des chevaliers solitaires rejet&eacute;s par la culture universitaire. Il a fait plusieurs fois remarquer que l&rsquo;on se trompe quand on pense que sa cible est l&rsquo;&Eacute;glise. En effet l&rsquo;Universit&eacute;, qui se dit la&iuml;que, serait bien plus responsable pour avoir cach&eacute; la v&eacute;rit&eacute; sur J&eacute;sus-Christ. Dans mon livre, qui sous ce point de vue est diff&eacute;rent de beaucoup d&rsquo;autres, je ne proteste pas contre le &laquo;&nbsp;complotisme&nbsp;&raquo; danbrownesque au nom du christianisme, mais au nom du savoir historique, bafou&eacute; par un instituteur (Dan Brown &eacute;tait professeur de langue anglaise dans un lyc&eacute;e de province) qui pense que toute la recherche universitaire mondiale p&egrave;se moins que les documents farfelus d&rsquo;aventuriers &agrave; la Pierre Plantard. Dan Brown a d&rsquo;ailleurs tort quand il dit que l&rsquo;Universit&eacute; ne s&rsquo;est pas occup&eacute;e des pr&eacute;tendues documents de Plantard&nbsp;: des universitaires &eacute;minents comme &Eacute;mile Poulat les ont &eacute;tudi&eacute;s, bien entendu pour conclure qu&rsquo;ils &eacute;taient des faux grossiers, et cela vingt ans avant Dan Brown et dix ans avant que Plantard n&rsquo;avoue lui-m&ecirc;me qu&rsquo;il s&rsquo;agissait d&rsquo;une mystification.<br /><br /></span><span style="font:12px Trebuchet, Verdana, serif; font-weight:bold; ">Q.&nbsp;: Votre ouvrage nous emm&egrave;ne dans un grand voyage historique et para-historique, voire interplan&eacute;taire avec l&rsquo;irruption des extraterrestres. Quel rapport entre les Illumin&eacute;s de Bavi&egrave;re et les cr&eacute;atures venues d&rsquo;ailleurs&nbsp;?<br /></span><span style="font:12px Trebuchet, Verdana, serif; "><br /></span><span style="font:12px Trebuchet, Verdana, serif; font-weight:bold; ">M.&nbsp;I.&nbsp;: </span><span style="font:12px Trebuchet, Verdana, serif; ">Aucun, bien entendu, au temps des Illumin&eacute;s de Bavi&egrave;re, bien que (cas particulier que je n&rsquo;&eacute;voque pas dans mon livre) les Illumin&eacute;s ont sans doute influenc&eacute; le r&eacute;volutionnaire italien Giuseppe Mazzini qui, &agrave; ma connaissance, est le premier r&eacute;volutionnaire europ&eacute;en &agrave; avoir pris au s&eacute;rieux les r&eacute;v&eacute;lations de certains spirites fran&ccedil;ais (eux-m&ecirc;mes socialistes) sur les extraterrestres. Par contre, aujourd&rsquo;hui dans la litt&eacute;rature &laquo;&nbsp;complotiste&nbsp;&raquo; anglo-am&eacute;ricaine il est souvent question des Illumin&eacute;s (voire, selon les cas, de l&rsquo;&Eacute;glise catholique, des juifs ou des francs-ma&ccedil;ons) comme agents d&rsquo;un complot extraterrestre.<br /><br /></span><span style="font:12px Trebuchet, Verdana, serif; font-weight:bold; ">Q.&nbsp;: Vous vous attachez &agrave; d&eacute;mystifier deux soci&eacute;t&eacute;s secr&egrave;tes aux noms sonores et prestigieux. Pourrait-on, par analogie, en d&eacute;duire que toutes les assembl&eacute;es confidentielles du m&ecirc;me genre sont mues essentiellement par la vanit&eacute;, le lucre et les ambitions personnelles&nbsp;?<br /></span><span style="font:12px Trebuchet, Verdana, serif; "><br /></span><span style="font:12px Trebuchet, Verdana, serif; font-weight:bold; ">M.&nbsp;I.&nbsp;: </span><span style="font:12px Trebuchet, Verdana, serif; ">Non. Je ne suis pas franc-ma&ccedil;on et je partage les r&eacute;serves catholiques, notamment du pr&eacute;sent pape Beno&icirc;t XVI, sur la franc-ma&ccedil;onnerie. Mais on ne peut pas r&eacute;duire l&rsquo;histoire de la franc-ma&ccedil;onnerie &ndash; ni d&rsquo;ailleurs des ob&eacute;diences les plus s&eacute;rieuses de la Rose-Croix &ndash; &agrave; des histoires d&rsquo;affaires ou de m&oelig;urs. Nous sommes l&agrave; en pr&eacute;sence d&rsquo;organisations qui ont jou&eacute; un r&ocirc;le essentiel dans le d&eacute;veloppement de la soci&eacute;t&eacute; moderne &agrave; partir du XVIII</span><span style="font:12px Trebuchet, Verdana, serif; ">e</span><span style="font:12px Trebuchet, Verdana, serif; ">&nbsp;si&egrave;cle.<br /></span><span style="font:12px Trebuchet, Verdana, serif; font-weight:bold; ">( Q.&nbsp;: Dans la cosmologie brownienne, c&rsquo;est manifestement l&rsquo;&Eacute;glise catholique qui joue le r&ocirc;le de l&rsquo;&laquo;&nbsp;Axe du Mal&nbsp;&raquo;. Pourquoi ce soudain retour de vigilance &agrave; l&rsquo;&eacute;gard de l&rsquo;&Eacute;glise&nbsp;? Aurait-elle repris du poil de la b&ecirc;te&nbsp;? Ou s&rsquo;agit-il, comme dans la politique imp&eacute;riale anglo-saxonne, de &laquo;&nbsp;gonfler&nbsp;&raquo; un adversaire incapable de riposter, utilis&eacute; comme bouc &eacute;missaire&nbsp;?<br /></span><span style="font:12px Trebuchet, Verdana, serif; "><br /></span><span style="font:12px Trebuchet, Verdana, serif; font-weight:bold; ">M.&nbsp;I.&nbsp;: </span><span style="font:12px Trebuchet, Verdana, serif; ">A vrai dire, c&rsquo;est l&rsquo;&Eacute;glise en tant que christianisme des &Eacute;glises organis&eacute;es et institutionnelles (&agrave; ne pas confondre avec le christianisme n&eacute;ognostique des chevaliers solitaires illumin&eacute;s que Dan Brown dit &ecirc;tre le sien &ndash; il se dit bien gnostique, et non pas libre penseur) qui est vis&eacute;. Aux &Eacute;tats-Unis ce sont les &Eacute;glises protestantes qui ont g&eacute;r&eacute; la protestation contre le </span><span style="font:12px Trebuchet, Verdana, serif; "><em>Da Vinci Code</em></span><span style="font:12px Trebuchet, Verdana, serif; ">, l&rsquo;&Eacute;glise catholique ne s&rsquo;y est jointe que plus tard et avec une certaine r&eacute;ticence. En tant que gnostique, Brown ne peut voir la &laquo;&nbsp;Grande &Eacute;glise&nbsp;&raquo; chr&eacute;tienne que comme un ennemi. Mais en tant que &laquo;&nbsp;complotiste&nbsp;&raquo; am&eacute;ricain (qui est autre chose d&rsquo;un &laquo;&nbsp;complotiste&nbsp;&raquo; europ&eacute;en) Brown vise les institutions en voie g&eacute;n&eacute;rale&nbsp;: dans ses autres romans ce sont les services secrets, la pr&eacute;sidence des &Eacute;tats-Unis, les polices qui sont attaqu&eacute;s. Et dans son prochain roman de 2007 ce sera la franc-ma&ccedil;onnerie. Le message est qu&rsquo;il faut se m&eacute;fier des institutions, le v&eacute;rit&eacute; ne se trouve que chez des chercheurs isol&eacute;s, rel&eacute;gu&eacute;s en marge et consid&eacute;r&eacute;s comme des illumin&eacute;s par les &Eacute;glises, les &Eacute;tats, les universit&eacute;s&hellip;<br /></span><span style="font:12px Trebuchet, Verdana, serif; font-weight:bold; "><br />Q.&nbsp;: Quel rapport y a-t-il entre la d&eacute;christianisation et le &laquo;&nbsp;nouveau Moyen Age&nbsp;&raquo; que nous observons, avec ses croyances absurdes, ses terreurs de masse et sa rh&eacute;torique manich&eacute;enne&nbsp;?<br /></span><span style="font:12px Trebuchet, Verdana, serif; "><br />Je ne suis pas du tout d&rsquo;accord avec la th&egrave;se du &laquo;&nbsp;nouveau Moyen Age&nbsp;&raquo;. Il y a d&eacute;sormais une abondance de travaux acad&eacute;miques pour montrer que la croyance &agrave; la magie et la kyrielle de ceux qui gagnent leur vie comme &laquo;&nbsp;op&eacute;rateurs de l&rsquo;occulte&nbsp;&raquo; (c&rsquo;est le nom qui leur donne la loi italienne qui, plus tol&eacute;rante qu&rsquo;en France, n&rsquo;est pas int&eacute;ress&eacute;e &agrave; lutter contre les &laquo;&nbsp;nouveaux magiciens&nbsp;&raquo; et autres gourous mais plut&ocirc;t &agrave; en partager le butin en leur faisant payer des taxes) sont bien plus r&eacute;pandus aujourd&rsquo;hui qu&rsquo;au Moyen Age. Surtout, m&ecirc;me ceux qui partageaient des croyances magiques ou astrologiques au Moyen Age pr&eacute;cisaient toujours que la magie ou l&rsquo;astrologie ne pouvaient avoir d&rsquo;effets qu&rsquo;avec la permission de Dieu, qui donnait toujours la priorit&eacute; &agrave; la libert&eacute; humaine. Souvenez-vous de Corneille, qui louait le christianisme pour avoir lib&eacute;r&eacute; les hommes de la tyrannie des &eacute;toiles et des vies pass&eacute;es. Avant le christianisme, on ne pouvait pas vraiment raisonner en termes de cause et d&rsquo;effet&nbsp;: l&rsquo;effet pouvait &ecirc;tre tout &agrave; fait ind&eacute;pendant de la cause pour des raisons astrologiques ou li&eacute;es &agrave; nos vies pass&eacute;es&hellip; dont d&rsquo;ailleurs nous ignorons tout. Quant aux terreurs de masse, les historiens ont fait justice depuis au moins trente ans de l&rsquo;id&eacute;e qu&rsquo;il y a eu une terreur de l&rsquo;an Mille (m&ecirc;me si une toute petite minorit&eacute; de chercheurs bostoniens essaie de la relancer). La majorit&eacute; des paysans europ&eacute;ens ne savaient m&ecirc;me pas en quelle ann&eacute;e ils vivaient, ils ne pouvaient donc pas se pr&eacute;occuper de l&rsquo;an Mille&hellip; Je dirais plut&ocirc;t qu&rsquo;une certaine diffusion de l&rsquo;incroyance dans certains pays (et non pas partout&nbsp;: aux &Eacute;tats-Unis, en Italie, dans le Sud de l&rsquo;Allemagne on assiste &agrave; un retour de la pratique religieuse &agrave; partir de 1990, alors qu&rsquo;en France elle continue de baisser) nous livre &agrave; une nouvelle Renaissance ou &agrave; un nouveau XVIII</span><span style="font:12px Trebuchet, Verdana, serif; ">e</span><span style="font:12px Trebuchet, Verdana, serif; ">&nbsp;si&egrave;cle (prolong&eacute; d&rsquo;une certaine fa&ccedil;on au XIX</span><span style="font:12px Trebuchet, Verdana, serif; ">e</span><span style="font:12px Trebuchet, Verdana, serif; ">)&nbsp;: des &eacute;poques o&ugrave; l&rsquo;abandon du christianisme nous donne en m&ecirc;me temps (et parfois chez les m&ecirc;mes personnes) un rationalisme et un irrationalisme magique. Pour revenir &agrave; mon livre&nbsp;: chez les Illumin&eacute;s de Bavi&egrave;re coexistaient un rationalisme inspir&eacute; des Lumi&egrave;res et la recherche magique de l&rsquo;immortalit&eacute;&hellip;</span></div></div><div id="unique-entry-id-21" class="blog-entry"><div class="blog-entry-title">Franz Weber se souvient de Simone Chevallier</div><div class="blog-entry-date">10/11/2006 <span class="blog-entry-permalink"> |&nbsp;<a href="weber_chevallier.html">Lien permanent</a></span></div><div class="blog-entry-body"><p style="text-align:justify;" ><span style="font:12px Trebuchet, Verdana, serif; font-weight:bold; ">Pendant une dizaine d'ann&eacute;es, au temps o&ugrave; il &eacute;tait journaliste et &eacute;crivain, Franz Weber a partag&eacute; la vie de Simone Chevallier, &eacute;minente po&eacute;tesse et romanci&egrave;re. En pr&eacute;face &agrave; la r&eacute;&eacute;dition de </span><span style="font:12px Trebuchet, Verdana, serif; font-weight:bold; "><em><a href="http://www.editions-xenia.com/livres/chevallier/" rel="self" title="Celle qui aima Jésus">Celle qui aima J&eacute;sus</a></em></span><span style="font:12px Trebuchet, Verdana, serif; font-weight:bold; ">, le grand d&eacute;fenseur de la nature et de la culture a consign&eacute; des souvenirs pleins de s&egrave;ve sur cette personnalit&eacute; hors du commun.<br /></span><span style="font:12px Trebuchet, Verdana, serif; "><br />&laquo; </span>Simone &eacute;tait Lyonnaise, issue d&rsquo;une grande famille catholique. D&egrave;s son jeune &acirc;ge, elle avait &eacute;t&eacute; d&eacute;chir&eacute;e entre la foi et la sensualit&eacute;. Dans son passionnant roman &laquo; La Ville aux deux fleuves &raquo;, elle a racont&eacute; en partie son &eacute;mancipation spirituelle. De m&ecirc;me, dans &laquo; L&rsquo;Ami des vacances &raquo; , publi&eacute; avant guerre, elle fait le r&eacute;cit d&rsquo;une aventure qui est bien plus qu&rsquo;une aventure. La chair et l&rsquo;esprit, toujours inextricablement m&ecirc;l&eacute;s. Comme Simone, mais un peu plus tard, Lucien Rebatet avait &eacute;crit un grand roman sur Lyon : &laquo; Les deux &Eacute;tendards &raquo; . Rebatet &eacute;tait fou amoureux de Simone, mais elle s&rsquo;en moquait &eacute;perdument. Elle &eacute;tait le mod&egrave;le, en moins extr&ecirc;me, du personnage d&rsquo;Anne-Marie, d&eacute;chir&eacute;e entre le mysticisme et une sexualit&eacute; d&eacute;vorante.<br />A dix-huit ans, elle avait d&eacute;cid&eacute; de partir pour Paris. Son p&egrave;re lui avait dit : &laquo; Tu ne peux quitter la maison que si tu te maries. &raquo; Du coup, elle s&rsquo;est mari&eacute;e avec un copain ! Cela n&rsquo;a pas dur&eacute; tr&egrave;s longtemps&hellip; Par la suite, elle a &eacute;pous&eacute; le prince Paul Mourousy, grand esth&egrave;te parisien, qui &eacute;ditait &laquo; Les Cahiers d&rsquo;Art et d&rsquo;Amiti&eacute; &raquo;. Elle &eacute;tait l&rsquo;enfant terrible de sa famille : elle se consacrait &agrave; la po&eacute;sie alors qu&rsquo;autour d&rsquo;elle on soignait les carri&egrave;res et les alliances de poids. Malgr&eacute; cela, son p&egrave;re lui versait une rente, qu&rsquo;on lui a supprim&eacute;e d&egrave;s la mort de celui-ci. Elle se d&eacute;brouilla m&ecirc;me sans cela. Sa famille fortun&eacute;e se m&eacute;fiait d&rsquo;elle parce que, &agrave; leurs yeux, elle ne savait pas conserver l&rsquo;argent. &Eacute;mancip&eacute;e, ind&eacute;pendante, profond&eacute;ment mystique, elle &eacute;tait en m&ecirc;me temps, et tout naturellement, tr&egrave;s f&eacute;ministe. Elle disait : une femme, pour r&eacute;ussir, doit &ecirc;tre dix fois plus intelligente qu&rsquo;un homme. Excellente conf&eacute;renci&egrave;re, elle mettait son talent &agrave; profit pour d&eacute;fendre l&rsquo;&eacute;mancipation des femmes. Tout en &eacute;tant tr&egrave;s libre, elle &eacute;tait d&rsquo;une grande puret&eacute;. Elle ne s&rsquo;est jamais vendue, en rien. Jamais elle n&rsquo;a &eacute;crit un mot, un vers, qui allait contre sa pens&eacute;e. Elle avait horreur des intellectuels et des mat&eacute;rialistes &mdash; qu&rsquo;elle mettait du reste dans le m&ecirc;me sac.<br />Une voyante lui avait dit : &laquo; vous devrez toujours nager pour garder la t&ecirc;te hors de l&rsquo;eau &raquo;. C&rsquo;&eacute;tait un peu &ccedil;a : elle avait un talent fou, remarquable. Mais probablement ne devait pas r&eacute;ussir de son vivant. Finalement, ses livres ont &eacute;t&eacute; publi&eacute;s. Le premier, &laquo; L&rsquo;Ami des Vacances &raquo; a failli avoir le F&eacute;mina. On voulait en faire un film, avec de grands acteurs : rat&eacute; au tout dernier moment ! Puis &laquo; La Ville aux deux Fleuves &raquo; , chef-d&rsquo;&oelig;uvre occult&eacute;&hellip; Elle avait convaincu de grands &eacute;diteurs, pourtant. Elle travaillait d&rsquo;arrache-pied. Toujours un succ&egrave;s de qualit&eacute; et d&rsquo;estime, jamais le succ&egrave;s de librairie et de grand public.<br />&laquo; Je suis entr&eacute;e en po&eacute;sie comme en entre en religion &raquo; , disait-elle. Ce n&rsquo;&eacute;tait pas un clich&eacute;, c&rsquo;&eacute;tait son credo : elle cherchait la po&eacute;sie, partout et toujours. Dans sa mani&egrave;re de vivre, de ressentir, d&rsquo;aimer. Dans la nature. Les ballades dans la nature, avec elle, &eacute;taient un enchantement. Elle les d&eacute;crivait en po&egrave;te. Elle voyait des choses que les autres ne voyaient pas. Toujours enti&egrave;re.<br /><br />Nous avions le m&ecirc;me credo : rester entier, c&eacute;l&eacute;brer le Cr&eacute;ateur au travers de toutes ses cr&eacute;atures. On se comprenait &agrave; la perfection, c&rsquo;est ainsi qu&rsquo;on est rest&eacute; dix ans ensemble. Elle avait pourtant vingt ans de plus que moi. Parce que nous vivions la puret&eacute; dans les intentions. Dans tout ce que nous faisions et disions, nous recherchions la hauteur, l&rsquo;&acirc;me.<br />Simone fut incomprise en son temps, engonc&eacute; dans les rites, les usages p&eacute;trifi&eacute;s et les certitudes religieuses ou politiques. Elle a &eacute;crit pour la post&eacute;rit&eacute;, pour un temps de doute et de recherche individuelle. Son temps est le n&ocirc;tre. Int&eacute;grant organiquement la tradition, elle avait d&eacute;velopp&eacute; une spiritualit&eacute; &agrave; l&rsquo;&eacute;coute de tous. Une spiritualit&eacute; simple, naturelle, pas intellectuelle. Elle traduit d&rsquo;une mani&egrave;re intelligible &agrave; tous le message d&rsquo;amour du christianisme. Son livre &laquo; Celle qui aima J&eacute;sus &raquo; et de la voyance. L&rsquo;expression de l&rsquo;amour v&eacute;ritable, de l&rsquo;amour en soi. &raquo;<br /><br /></p><p style="text-align:right;" ><em>Franz Weber</em></p></div></div><div id="unique-entry-id-23" class="blog-entry"><div class="blog-entry-title">J&uuml;rgen Els&auml;sser : &laquo; Le 11 septembre se r&eacute;p&egrave;te &agrave; l'infini ! &raquo;</div><div class="blog-entry-date">22/09/2006 <span class="blog-entry-permalink"> |&nbsp;<a href="entretien_elsaesser.html">Lien permanent</a></span></div><div class="blog-entry-body"><span style="font:12px Trebuchet, Verdana, serif; font-weight:bold; "><u><br /></u></span><span style="font:12px Trebuchet, Verdana, serif; font-weight:bold; ">Ao&ucirc;t 2006. Alors que les bombes ravagent le Liban, l'opinion modiale est t&eacute;tanis&eacute;e par l'annonce d'un terrifiant massacre a&eacute;rien... &eacute;vit&eacute; de justesse par les services secrets britanniques! Cette &laquo;&nbsp;bonne nouvelle&nbsp;&raquo; pour tous les touristes du milieu de l'&eacute;t&eacute; est tomb&eacute;e avec un &agrave;-propos extraordinaire. <br />J&uuml;rgen Els&auml;sser, journaliste d'investigation &agrave; Berlin, est un sp&eacute;cialiste de la guerre secr&egrave;te. </span><span style="font:12px Trebuchet, Verdana, serif; font-weight:bold; "><em>Auteur de La RFA dans la guerre au Kosovo </em></span><span style="font:12px Trebuchet, Verdana, serif; font-weight:bold; ">et de </span><span style="font:12px Trebuchet, Verdana, serif; font-weight:bold; "><em><a href="http://www.editions-xenia.com/livres/djihad/" rel="self">Comment le Djihad est arriv&eacute; en Europe</a></em></span><span style="font:12px Trebuchet, Verdana, serif; font-weight:bold; ">, il &eacute;tudie avec une rigueur m&eacute;thodique les r&eacute;seaux islamistes li&eacute;s &agrave; la n&eacute;buleuse &laquo;&nbsp;Al Qaida&nbsp;&raquo; et leurs relations avec les puissances occidentales. Montrant que les &laquo;&nbsp;diables&nbsp;&raquo; islamistes forment d&eacute;sormais un ingr&eacute;dient indispensable de la politique d'expansion de l'empire am&eacute;ricain. Suite &agrave; l'annonce de cette nouvelle menace pour la s&eacute;curit&eacute; des Europ&eacute;ens, il a accord&eacute; un entretien &eacute;clairant au Journal Franz Weber, entretien que nous reproduisons ici.</span><br /><span style="font:12px Trebuchet, Verdana, serif; font-weight:bold; "><br /></span><span style="font:13px 'Lucida Grande', LucidaGrande, Verdana, sans-serif; color:#555555;">¼%</span><span style="font:12px Trebuchet, Verdana, serif; font-weight:bold; "> Question: Des attentats monstrueux perp&eacute;tr&eacute;s avec des explosifs cach&eacute;s dans des bouteilles de boissons gazeuses: c'est plus fort encore que les avions d&eacute;tourn&eacute;s avec des cutters. Y croyez-vous?<br /></span><span style="font:12px Trebuchet, Verdana, serif; "> </span><span style="font:13px Trebuchet, Verdana, serif; ">&bull;</span><span style="font:12px Trebuchet, Verdana, serif; "> R&eacute;ponse: c'est &eacute;videmment difficile &agrave; croire, au vu des incoh&eacute;rences imm&eacute;diatement apparues dans l'explication officielle de cette affaire. A en croire les m&eacute;dias, les terroristes auraient con&ccedil;u des explosifs &agrave; deux composants qui devaient &ecirc;tre assembl&eacute;s &agrave; bord. Mais quels composants&nbsp;? On nous parle de nitroglyc&eacute;rine et de nitrom&eacute;thane, deux produits extr&ecirc;mement dangereux qui peuvent exploser au moindre choc. Impensable! Le </span><span style="font:12px Trebuchet, Verdana, serif; "><em>Spiegel</em></span><span style="font:12px Trebuchet, Verdana, serif; ">, lui, penche plut&ocirc;t pour le TATP, le triac&eacute;tonetriperoxyde, car il serait facile &agrave; fabriquer avec du solvant pour vernis &agrave; ongles et d'autres produits de droguerie. Mais &laquo;&nbsp;</span><span style="font:12px Trebuchet, Verdana, serif; "><em>Le TATP requiert beaucoup de temps pour sa fabrication, ce n&rsquo;est qu&rsquo;au bout de plusieurs heures que la poudre explosive se forme au fond de l&rsquo;&eacute;prouvette. Par contre, d&rsquo;innombrables accidents survenus lors du m&eacute;lange des composants t&eacute;moignent de l&rsquo;instabilit&eacute; mortelle de ce produit lors de sa fabrication</em></span><span style="font:12px Trebuchet, Verdana, serif; ">&nbsp;&raquo;. On nous prie donc de croire que les terroristes envisageaient de s&rsquo;enfermer pendant des heures dans les toilettes de l&rsquo;avion, en esp&eacute;rant que le cocktail m&eacute;lang&eacute; ne leur saute pas entre les doigts avant d&rsquo;avoir atteint la puissance requise.<br /></span><span style="font:12px Trebuchet, Verdana, serif; ">Mieux encore: selon le </span><span style="font:12px Trebuchet, Verdana, serif; "><em>Guardian</em></span><span style="font:12px Trebuchet, Verdana, serif; "> du 13 ao&ucirc;t, aucune des personnes arr&ecirc;t&eacute;es n&rsquo;avait r&eacute;serv&eacute; ni achet&eacute; son billet d&rsquo;avion ! Alors pourquoi les soup&ccedil;onne-t-on&nbsp;? &Agrave; cause de conversations t&eacute;l&eacute;phoniques et de courriers &eacute;lectroniques &eacute;chang&eacute;s... C'est insuffisant, comme indices d'un &laquo;&nbsp;m&eacute;ga-attentat&nbsp;&raquo;...<br />Je ne nie pas l'existence de r&eacute;seaux violents en Europe, au contraire. Mais il me semble que cette affaire a &eacute;t&eacute; mont&eacute;e de mani&egrave;re trop h&acirc;tive et trop opportune pour pouvoir tromper le monde bien longtemps.<br /></span><span style="font:13px 'Lucida Grande', LucidaGrande, Verdana, sans-serif; color:#555555;">¼%</span><span style="font:12px Trebuchet, Verdana, serif; font-weight:bold; "> Dans votre livre, vous formuliez d&eacute;j&agrave; des soup&ccedil;ons semblables au sujet des attentats de Londres de juillet 2004...<br /></span><span style="font:12px Trebuchet, Verdana, serif; "> </span><span style="font:13px Trebuchet, Verdana, serif; ">&bull;</span><span style="font:12px Trebuchet, Verdana, serif; "> En effet. Pour peu qu'on regarde au-del&agrave; de la propagande officielle, cette affaire fait appara&icirc;tre des anomalies inqui&eacute;tantes. Par exemple, le fait que le responsable pr&eacute;sum&eacute; de ces attentats, Haroun Rachid Aswat, &eacute;tait un agent double prot&eacute;g&eacute; par le MI-6, les services secrets anglais, pour qui il travaillait. Ou ce fait d'observation que l'explosif du m&eacute;tro devait &ecirc;tre, au vu des d&eacute;g&acirc;ts, plac&eacute; sous le plancher des wagons et non dans des sacs &agrave; dos &agrave; l'int&eacute;rieur.<br /></span><span style="font:13px 'Lucida Grande', LucidaGrande, Verdana, sans-serif; color:#555555;">¼%</span><span style="font:12px Trebuchet, Verdana, serif; font-weight:bold; "> En r&eacute;alit&eacute;, vous mettez en cause la responsabilit&eacute; des Occidentaux dans tous les grands attentats depuis le 11 septembre. C'est une accusation tr&egrave;s lourde.<br /></span><span style="font:12px Trebuchet, Verdana, serif; "> </span><span style="font:13px Trebuchet, Verdana, serif; ">&bull;</span><span style="font:12px Trebuchet, Verdana, serif; "> Mais qui repose sur des faits simples. Je me suis efforc&eacute; de laisser de c&ocirc;t&eacute; le brouhaha m&eacute;diatique pour remonter les pistes et &eacute;tablir les activit&eacute;s exactes des auteurs de ces attentats. La plupart de ces hommes (par exemple, 5 des 7 responsables pr&eacute;sum&eacute;s du 11 septembre) travaillaient ou avaient travaill&eacute; pour les services occidentaux: CIA, MI-6 anglais ou BND allemand. A commencer, du reste, par le plus c&eacute;l&egrave;bre d'entre eux: Oussama Ben Laden.<br /></span><span style="font:12px Trebuchet, Verdana, serif; ">Au d&eacute;part, les Am&eacute;ricains se sont content&eacute;s de transposer en Europe le mod&egrave;le de lutte islamiste qu'ils avaient implant&eacute; en Afghanistan, gr&acirc;ce justement &agrave; leur agent Ben Laden. Ils ont profit&eacute; de la guerre civile yougoslave pour implanter en Bosnie, puis au Kosovo, de v&eacute;ritables t&ecirc;tes de pont du fondamentalisme violent. Ces m&ecirc;mes militants, v&eacute;t&eacute;rans de Bosnie, on les retrouve ensuite impliqu&eacute;s dans les attentats de New York, Madrid ou Londres.<br />La conclusion s'impose d'elle-m&ecirc;me.<br /></span><span style="font:13px 'Lucida Grande', LucidaGrande, Verdana, sans-serif; color:#555555;">¼%</span><span style="font:12px Trebuchet, Verdana, serif; font-weight:bold; "> Comment en &ecirc;tes-vous venu &agrave; cette conclusion?<br /></span><span style="font:12px Trebuchet, Verdana, serif; "> </span><span style="font:13px Trebuchet, Verdana, serif; ">&bull;</span><span style="font:12px Trebuchet, Verdana, serif; "> Par un travail d'enqu&ecirc;te personnel, mais aussi par le recoupement classique des sources. Et, dans le cas de la Bosnie, &agrave; une source dont personne en Occident ne s'est souci&eacute;: la presse locale! En effet, la greffe de l'islamisme international dans cette province d'Europe est amplement document&eacute;e, au jour le jour, par la presse bosniaque elle-m&ecirc;me. Ces journalistes ont pris bien plus de risques que leurs confr&egrave;res europ&eacute;ens, qui se contentaient la plupart du temps de r&eacute;p&eacute;ter les slogans de relations publiques de leurs autorit&eacute;s.<br /></span><span style="font:13px 'Lucida Grande', LucidaGrande, Verdana, sans-serif; color:#555555;">¼%</span><span style="font:12px Trebuchet, Verdana, serif; font-weight:bold; "> Quel est le rapport entre les attentats &laquo;&nbsp;d&eacute;jou&eacute;s&nbsp;&raquo; en Grande-Bretagne et la guerre au Liban?<br /></span><span style="font:12px Trebuchet, Verdana, serif; "> </span><span style="font:13px Trebuchet, Verdana, serif; ">&bull;</span><span style="font:12px Trebuchet, Verdana, serif; "> C'est assez &eacute;vident. Gr&acirc;ce &agrave; d'hypoth&eacute;tiques explosifs liquides de fabrication &laquo;&nbsp;maison&nbsp;&raquo;, on a pu masquer une pluie de bombes industrielle et d&eacute;vastatrice sur une population en majorit&eacute; innocente. </span><span style="font:12px Trebuchet, Verdana, serif; "><em>Le Spiegel, </em></span><span style="font:12px Trebuchet, Verdana, serif; ">par exemple, titrait : &laquo;&nbsp;La strat&eacute;gie du massacre de masse&nbsp;&raquo;. Parlait-il de ce qui se passait au Liban? Pas du tout: de ce qui </span><span style="font:12px Trebuchet, Verdana, serif; "><em>aurait pu</em></span><span style="font:12px Trebuchet, Verdana, serif; "> se passer en Europe!<br /></span><span style="font:12px Trebuchet, Verdana, serif; ">Si l'on remonte &agrave; la source, par ailleurs, c'est du Liban qu'est parti le &laquo;&nbsp;signal d'alarme&nbsp;&raquo; qui a d&eacute;clench&eacute; cette panique. C'est au cours d'un raid isra&eacute;lien, en effet, qu'on aurait retrouv&eacute; les plans de l'attaque. Le message &agrave; l'intention des opinions est clair: si Isra&euml;l n'avait pas envahi le Liban, des Europ&eacute;ens seraient morts par centaines. Le public est ainsi somm&eacute; de ravaler son indignation. De toute fa&ccedil;on, le malheur des autres est vite oubli&eacute;.<br /></span><span style="font:13px 'Lucida Grande', LucidaGrande, Verdana, sans-serif; color:#555555;">¼%</span><span style="font:12px Trebuchet, Verdana, serif; font-weight:bold; "> On dirait qu'il y a l&agrave; comme un syst&egrave;me d&eacute;j&agrave; rod&eacute;, pour ainsi dire une routine?<br /></span><span style="font:12px Trebuchet, Verdana, serif; "> </span><span style="font:13px Trebuchet, Verdana, serif; ">&bull;</span><span style="font:12px Trebuchet, Verdana, serif; "> En effet: depuis la chute de l'URSS, l'Occident a un besoin constant d'ennemis. Dans les ann&eacute;es 90, c'&eacute;taient les Serbes, qu'on faisait passer pour un peuple sanguinaire &agrave; coups de montages m&eacute;diatiques devenus des cas d'&eacute;cole. C'est sur un tel montage &mdash; le &laquo;&nbsp;massacre&nbsp;&raquo; de Racak au Kosovo &mdash; qu'on s'est fond&eacute; pour bombarder la Serbie pendant 80 jours, en 1999. Aujourd'hui, m&ecirc;me le TPI a d&ucirc; retirer l'invraisemblable Racak de son r&eacute;quisitoire, et les m&eacute;dias ne l'ont m&ecirc;me pas relev&eacute;!<br /></span><span style="font:12px Trebuchet, Verdana, serif; ">Ne parlons m&ecirc;me pas des &laquo;&nbsp;armes de destruction massive&nbsp;&raquo;, ce mensonge total invent&eacute; pour occuper et d&eacute;truire l'Irak.<br />De ce point de vue, la guerre actuelle du Liban, et la diversion op&eacute;r&eacute;e en Europe, s'inscrivent dans la strat&eacute;gie d'ensemble de l'empire global. Derri&egrave;re le Hezbollah, c'est l'Iran qu'on vise. Et derri&egrave;re le fantassin isra&eacute;lien, c'est l'empire am&eacute;ricain qui pousse les pions. <br /></span><span style="font:13px 'Lucida Grande', LucidaGrande, Verdana, sans-serif; color:#555555;">¼%</span><span style="font:12px Trebuchet, Verdana, serif; font-weight:bold; "> Justement: quelle est-elle, cette strat&eacute;gie? Les Am&eacute;ricains semblent incapables d'&eacute;teindre les incendies qu'ils d&eacute;clenchent, et pourtant ils ne cessent d'en allumer de nouveaux...<br /></span><span style="font:12px Trebuchet, Verdana, serif; "> </span><span style="font:13px Trebuchet, Verdana, serif; ">&bull;</span><span style="font:12px Trebuchet, Verdana, serif; "> S'il s'agit seulement de s'approprier les ressources &eacute;nerg&eacute;tiques, la m&eacute;thode est &eacute;videmment d&eacute;sastreuse: les r&eacute;gions ainsi d&eacute;vast&eacute;es et livr&eacute;es &agrave; la violence sont inexploitables pour longtemps. Mais ce n'est pas tant le besoin d'ordre qui anime l'administration am&eacute;ricaine, que la tendance au &laquo;&nbsp;chaos cr&eacute;atif&nbsp;&raquo;. N'oublions pas que le gouvernement am&eacute;ricain est la marionnette du lobby militaro-p&eacute;trolier. Or, plus il y a de chaos, et plus on fait de b&eacute;n&eacute;fices sur les armes et le commerce du p&eacute;trole... C'est la seule explication possible pour une politique aussi d&eacute;sastreuse.<br /><br /></span><p style="text-align:right;" ><span style="font:12px Trebuchet, Verdana, serif; ">(Entretien accord&eacute; au Journal Franz Weber, automne 2006.)<br /></span></p></div></div><div id="unique-entry-id-16" class="blog-entry"><div class="blog-entry-title">Eric Werner s'explique sur &laquo;&nbsp;La Maison de Servitude &raquo;</div><div class="blog-entry-date">26/05/2006 <span class="blog-entry-permalink"> |&nbsp;<a href="entretien_werner.html">Lien permanent</a></span></div><div class="blog-entry-body"><div class="image-right"><img src="http://www.editions-xenia.com/xdocs/v/C009WernerE_v3.jpg"><span style="font:12px 'Lucida Grande', LucidaGrande, Verdana, sans-serif; "></div></span>Semblant partir &agrave; contrecourant des positions illustr&eacute;es dans ses livres pr&eacute;c&eacute;dents, <em><a href="http://www.editions-xenia.com/livres/werner/" rel="self">La Maison de servitude</a></em> 0 d&eacute;concert&eacute; nombre des lecteurs fid&egrave;les d'Eric Werner. Dans un entretien avec Slobodan Despot, l'auteur a pr&eacute;cis&eacute; les id&eacute;es fondamentales de cet essai r&eacute;volutionnaire. Un r&eacute;sum&eacute; qui, en soi, constitue d&eacute;j&agrave; un petit itin&eacute;raire philosophique et spirituel&hellip;<span style="font:12px Trebuchet, Verdana, serif; "><br /></span><span style="font:12px Trebuchet, Verdana, serif; "><br /></span><span style="font:12px Trebuchet, Verdana, serif; font-weight:bold; ">Q.&nbsp;: Vous &ecirc;tes connu comme un penseur rationnel, voire rationaliste, de tendance lib&eacute;rale. Vos pr&eacute;c&eacute;dents ouvrages traitaient essentiellement de sujets de philosophie politique. Vous vous appuyiez beaucoup dans ces livres sur des penseurs comme Machiavel, Clausewitz, Raymond Aron, ou encore Carl Schmitt. Ce nouveau livre, abordant la question du message chr&eacute;tien, prend d&rsquo;une certaine mani&egrave;re votre public habituel &agrave; contre-pied. Pourquoi ce livre&nbsp;?<br /><br />E.W.&nbsp;: </span><span style="font:12px Trebuchet, Verdana, serif; ">Je n&rsquo;aime pas tellement l&rsquo;expression de message chr&eacute;tien. Il n&rsquo;y a pas pour moi de message chr&eacute;tien, il y a (ce qui est diff&eacute;rent) une parole. Le christianisme institue un rapport &agrave; la parole. Pourquoi maintenant ce livre&nbsp;? Dans une certaine mesure, pr&eacute;cis&eacute;ment, pour essayer de faire le point dans ce domaine. Je ne suis ni vraiment croyant, ni vraiment agnostique. Plut&ocirc;t agnostique, je dirais aujourd&rsquo;hui, mais par ailleurs assez pratiquant, doublement pratiquant m&ecirc;me, puisque j&rsquo;assiste assez r&eacute;guli&egrave;rement &agrave; la messe, tout en participant de temps &agrave; autre aussi au culte protestant (lorsque j&rsquo;ai de bonnes raisons de penser que le pasteur dira des choses int&eacute;ressantes). C&rsquo;est assez paradoxal. D&rsquo;ordinaire c&rsquo;est le contraire exactement qu&rsquo;on entend. Les gens se disent croyants mais &eacute;galement non pratiquants&nbsp;! Autre paradoxe, au moins apparent, mon agnosticisme au moins tendanciel ne m&rsquo;emp&ecirc;che en aucune mani&egrave;re de me sentir en m&ecirc;me temps tr&egrave;s proche du christianisme. Beaucoup disent qu&rsquo;on est soit chr&eacute;tien, soit agnostique, mais difficilement les deux choses &agrave; la fois. Or je vis relativement bien cette situation. Cela tient au fait que j&rsquo;ai cess&eacute; justement d&rsquo;associer le christianisme &agrave; l&rsquo;adh&eacute;sion &agrave; certains dogmes. Je r&eacute;sume ici mon &eacute;volution personnelle depuis une dizaine d&rsquo;ann&eacute;es.<br /><br /></span><span style="font:12px Trebuchet, Verdana, serif; font-weight:bold; ">Q.&nbsp;: Comment caract&eacute;riseriez-vous votre d&eacute;marche&nbsp;?<br /><br />E.W.&nbsp;: </span><span style="font:12px Trebuchet, Verdana, serif; ">J&rsquo;aborde, il est vrai, les questions religieuses, mais je le fais &agrave; partir de la p&eacute;riph&eacute;rie, autrement dit de l&rsquo;histoire des id&eacute;es, de la philosophie et de la litt&eacute;rature. Je ne sors donc pas de mon domaine de comp&eacute;tence propre. A vrai dire, on pourrait se demander o&ugrave; est le centre et o&ugrave; est la p&eacute;riph&eacute;rie. Je viens de d&eacute;finir le christianisme comme la religion de la parole. La parole parle, et dans la mesure m&ecirc;me o&ugrave; elle parle se communique &agrave; d&rsquo;autres qui, &agrave; leur tour, se l&rsquo;approprient pour la faire conna&icirc;tre ensuite &agrave; d&rsquo;autres,&nbsp;etc. Voil&agrave; comment &ccedil;a fonctionne. Dans cette perspective, la distinction entre le sacr&eacute; et le profane perd beaucoup de sa signification. Il en va de m&ecirc;me de celle entre la foi et la raison. La formule </span><span style="font:12px Trebuchet, Verdana, serif; font-weight:bold; ">credo quia absurdum </span><span style="font:12px Trebuchet, Verdana, serif; ">s&rsquo;applique peut-&ecirc;tre aux constructions th&eacute;ologiques traditionnelles (credo de Nic&eacute;e,&nbsp;etc.), mais les &Eacute;vangiles sont pr&eacute;cis&eacute;ment tr&egrave;s &eacute;trang&egrave;res &agrave; de telles constructions. Je ne vois pas personnellement ce que les &Eacute;vangiles auraient d&rsquo;absurde ou d&rsquo;irrationnel. Je les trouve, au contraire, tr&egrave;s clairs, tr&egrave;s transparents. On n&rsquo;a pas besoin de lumi&egrave;res sp&eacute;ciales pour les comprendre. Il suffit de les lire d&rsquo;un peu pr&egrave;s, comme n&rsquo;importe quel autre texte, en fait. Les &Eacute;vangiles sont des textes comme les autres. De grands textes, certes, tr&egrave;s certainement aussi des textes inspir&eacute;s, mais on pourrait en dire autant des trag&eacute;dies de Sophocle, des po&egrave;mes de Baudelaire, des romans de Proust ou de Dosto&iuml;evski. Tous ces textes ont en commun de renouveler notre vision de l&rsquo;homme et de la r&eacute;alit&eacute;.<br /><br /><br /></span><span style="font:12px Trebuchet, Verdana, serif; font-weight:bold; ">Q.&nbsp;: Dans l&rsquo;Ancien Testament, la Maison de servitude d&eacute;signe l&rsquo;&Eacute;gypte pharaonique. Dieu s&rsquo;adresse au peuple juif en lui disant&nbsp;: Je suis l&rsquo;&Eacute;ternel ton Dieu qui t&rsquo;ai fait sortir du pays d&rsquo;&Eacute;gypte, de la maison de servitude. En quel sens employez-vous ce symbole&nbsp;?<br />E.W.&nbsp;: </span><span style="font:12px Trebuchet, Verdana, serif; ">Je m&rsquo;inspire ici d&rsquo;une remarque d&rsquo;Alain Besan&ccedil;on dans la pr&eacute;face qu&rsquo;il a donn&eacute;e au livre posthume de Jacques Ellul, </span><span style="font:12px Trebuchet, Verdana, serif; font-weight:bold; ">Islam et jud&eacute;o-christianisme</span><span style="font:12px Trebuchet, Verdana, serif; ">. Alain Besan&ccedil;on rel&egrave;ve &agrave; propos de l&rsquo;islam que quand l&rsquo;islam parle du Dieu cr&eacute;ateur il omet compl&egrave;tement de rappeler que le Dieu de l&rsquo;Exode se pr&eacute;sente comme le lib&eacute;rateur de son peuple. Ce point ne l&rsquo;int&eacute;resse pas, il passe &agrave; c&ocirc;t&eacute;. Cette omission est effectivement significative, elle &eacute;claire la nature profonde de l&rsquo;islam dans ses rapports au jud&eacute;o-christianisme. L&rsquo;islam est une configuration r&eacute;actionnelle, r&eacute;actionnelle au sens o&ugrave; elle s&rsquo;inscrit en r&eacute;action contre le processus &eacute;mancipateur auquel s&rsquo;identifie la Bible h&eacute;bra&iuml;que, et &agrave; sa suite aussi l&rsquo;&Eacute;vangile. Il veut en revenir &agrave; la maison d&rsquo;&Eacute;gypte, au pays de servitude. La maison de servitude, c&rsquo;est en fait l&rsquo;islam lui-m&ecirc;me. Il en est une reconstitution &agrave; l&rsquo;&eacute;poque moderne, en plus dur encore d&rsquo;ailleurs. Il ne faut donc pas s&rsquo;&eacute;tonner de l&rsquo;&eacute;cho qu&rsquo;il suscite &agrave; notre &eacute;poque. Beaucoup de gens, en effet, ne r&ecirc;vent qu&rsquo;&agrave; une chose, en revenir &agrave; la maison de servitude. Ils sont fatigu&eacute;s de la libert&eacute;, n&rsquo;aspirent qu&rsquo;&agrave; en &ecirc;tre d&eacute;barrass&eacute;s. Qu&rsquo;&agrave; cela ne tienne, l&rsquo;islam les en d&eacute;barrasse. Il leur offre tout ce qu&rsquo;ils d&eacute;sirent, des lois strictes et des peines s&eacute;v&egrave;res &agrave; ceux qui les enfreignent. Les gouvernants eux aussi sont s&eacute;duits. L&rsquo;islam leur facilite la t&acirc;che, c&rsquo;est une id&eacute;ologie qui leur convient.<br /><br /><br /></span><span style="font:12px Trebuchet, Verdana, serif; font-weight:bold; ">Q.&nbsp;: Le sous-titre de votre livre est&nbsp;: r&eacute;plique au Grand Inquisiteur. Qui est le Grand Inquisiteur&nbsp;?<br /><br />E.W.&nbsp;: </span><span style="font:12px Trebuchet, Verdana, serif; ">Le Grand Inquisiteur est un concept global, il d&eacute;signe les nomenklaturas occidentales actuelles, ce qu&rsquo;Alexandre Zinoviev appelait, d&rsquo;un autre nom encore, la supra-soci&eacute;t&eacute; (ou le supra-gouvernement). Le Grand Inquisiteur n&rsquo;a &eacute;videmment rien de commun avec le Prince l&eacute;gitime traditionnel. C&rsquo;est une tout autre figure. Le Grand Inquisiteur est un pur produit de la modernit&eacute;, je dirais m&ecirc;me de la modernit&eacute; tardive, celle qui pr&eacute;c&egrave;de juste le passage &agrave; la post-modernit&eacute;, mais tend en fait &agrave; se prolonger ind&eacute;finiment, comme je l&rsquo;explique dans mon livre. Il est la forme que rev&ecirc;t le pouvoir &agrave; cette &eacute;tape-l&agrave; de l&rsquo;&eacute;volution humaine, avant-derni&egrave;re &eacute;tape marqu&eacute;e par la mondialisation des &eacute;changes, l&rsquo;immigration plan&eacute;taire de masse, l&rsquo;ins&eacute;curit&eacute; g&eacute;n&eacute;ralis&eacute;e. Le Grand Inquisiteur ne doit pas &ecirc;tre confondu non plus avec le Prince machiav&eacute;lien. Tout comme le Prince machiav&eacute;lien, le Grand Inquisiteur est un homme de pouvoir, il veut le pouvoir pour le pouvoir, mais ses m&eacute;thodes sont tr&egrave;s diff&eacute;rentes de celles du Prince machiav&eacute;lien. Son principal instrument est l&rsquo;&eacute;conomie&nbsp;: </span><span style="font:12px Trebuchet, Verdana, serif; font-weight:bold; ">panem et circenses</span><span style="font:12px Trebuchet, Verdana, serif; ">. Il pousse au d&eacute;veloppement de la production et de la consommation, car il croit que les gens se laisseront ainsi plus facilement acheter. Ce n&rsquo;est pas en soi un mauvais calcul, sauf que les d&eacute;sirs croissent toujours plus vite que les moyens de les satisfaire. Les gens ne sont donc jamais compl&egrave;tement contents de ce qu&rsquo;on leur offre. Ils trouvent toujours mati&egrave;re &agrave; r&eacute;crimination. La croissance &eacute;conomique se heurte aussi &agrave; certaines limites, d&rsquo;ordre &eacute;cologique notamment. Ni le Prince l&eacute;gitime traditionnel, ni le Prince machiav&eacute;lien n&rsquo;ont jamais &eacute;t&eacute; confront&eacute;s &agrave; ce genre de probl&egrave;mes.<br /><br /></span><span style="font:12px Trebuchet, Verdana, serif; font-weight:bold; ">Q.&nbsp;: Que peut-on lui r&eacute;pliquer&nbsp;?<br /><br />E.W. </span><span style="font:12px Trebuchet, Verdana, serif; ">Un syst&egrave;me productif o&ugrave; tout est sacrifi&eacute; &agrave; la production n&rsquo;est pas en lui-m&ecirc;me tr&egrave;s viable. Tr&egrave;s vite il s&rsquo;essouffle, avant, en r&egrave;gle g&eacute;n&eacute;rale, d&rsquo;imploser, comme on l&rsquo;a vu en 1989 &agrave; l&rsquo;Est. C&rsquo;est ce qui se passera tr&egrave;s probablement un jour aussi &agrave; l&rsquo;Ouest&nbsp;: il implosera. L&rsquo;actuelle crise &eacute;conomique et &eacute;cologique en est un signe avant-coureur. Pour avoir du pain, il faut pr&eacute;alablement avoir compris que l&rsquo;homme ne vit pas seulement de pain. C&rsquo;est le point fondamental. L&rsquo;&eacute;conomie n&rsquo;est pas &agrave; elle-m&ecirc;me son propre fondement, c&rsquo;est une erreur que de la croire. C&rsquo;est une erreur &eacute;galement de croire qu&rsquo;elle se suffit &agrave; elle-m&ecirc;me. Non, elle ne se suffit pas &agrave; elle-m&ecirc;me. Le Grand Inquisiteur le sait d&rsquo;ailleurs tr&egrave;s bien, il n&rsquo;est pas idiot. Mais il vit au jour le jour, n&rsquo;est donc pas r&eacute;ellement motiv&eacute; &agrave; changer de comportement. Apr&egrave;s moi le d&eacute;luge.<br /><br /></span><span style="font:12px Trebuchet, Verdana, serif; font-weight:bold; ">Q.&nbsp;: A quoi bon alors lui r&eacute;pliquer&nbsp;?<br /><br />E.W. </span><span style="font:12px Trebuchet, Verdana, serif; ">On ne s&rsquo;adresse pas en fait au Grand Inquisiteur, on s&rsquo;adresse aux victimes du Grand Inquisiteur, &agrave; ses victimes et &agrave; ses dupes, &agrave; ceux qui ont renonc&eacute; &agrave; leur libert&eacute; pour obtenir du pain en &eacute;change. On essaye de les d&eacute;mystifier, de leur montrer qu&rsquo;ils ont conclu l&agrave; un march&eacute; de dupes. On essaye&hellip; Il est tr&egrave;s improbable qu&rsquo;ils &eacute;coutent, mais on essaye quand m&ecirc;me. Advienne que pourra.<br /><br /></span><span style="font:12px Trebuchet, Verdana, serif; font-weight:bold; ">Q.&nbsp;: Vous &ecirc;tes issu d&rsquo;un milieu protestant, mais vous &ecirc;tes converti au catholicisme. Vous continuez de suivre la messe selon le rite traditionnel, et pourtant dans votre livre, vous proclamez la fin des rites et des lieux sacr&eacute;s au profit d&rsquo;une relation directe au P&egrave;re par la parole vivante. Comment g&eacute;rez-vous ces contradictions&nbsp;?<br /><br />E.W. </span><span style="font:12px Trebuchet, Verdana, serif; ">Il faut &eacute;largir le probl&egrave;me. Le probl&egrave;me est celui du r&ocirc;le que peut jouer encore la tradition en r&eacute;gime post-traditionnel, lorsque l&rsquo;homme acc&egrave;de &agrave; l&rsquo;autonomie (ou </span><span style="font:12px Trebuchet, Verdana, serif; font-weight:bold; ">commence </span><span style="font:12px Trebuchet, Verdana, serif; ">&agrave; y acc&eacute;der). Ce probl&egrave;me a &eacute;t&eacute; soulev&eacute; pour la premi&egrave;re fois par Sophocle au Ve&nbsp;si&egrave;cle avant notre &egrave;re, avec sa critique du personnage d&rsquo;&OElig;dipe. &OElig;dipe a d&eacute;cid&eacute; de se passer de la tradition, et de s&rsquo;en passer compl&egrave;tement. Il se veut autonome, compl&egrave;tement autonome. Mais il n&rsquo;est pas encore pr&ecirc;t pour cela, son histoire m&ecirc;me le prouve. Il a voulu br&ucirc;ler les &eacute;tapes, et cela se termine mal pour lui. On pourrait en conclure que le mieux encore pour l&rsquo;homme serait de renoncer &agrave; toute forme d&rsquo;autonomie et de faire machine arri&egrave;re, pour en revenir aux valeurs traditionnelles. C&rsquo;est la position traditionaliste, celle que d&eacute;fend le devin Tir&eacute;sias dans la pi&egrave;ce de Sophocle. Sophocle se montre, lui, plus nuanc&eacute;. Il n&rsquo;est pas par principe contre l&rsquo;autonomie, mais il pense que l&rsquo;autonomie ne se conquiert que progressivement. C&rsquo;est une entreprise de longue haleine. Et donc, pendant un bout de temps encore l&rsquo;homme aura besoin encore de s&rsquo;appuyer sur certains &eacute;l&eacute;ments de la tradition. Un jour ou l&rsquo;autre il pourra s&rsquo;en passer, mais pour l&rsquo;instant encore non. Il n&rsquo;est pas assez m&ucirc;r pour cela. C&rsquo;est un probl&egrave;me de maturit&eacute;, on pourrait aussi dire&nbsp;: de croissance spirituelle. L&rsquo;homme doit grandir encore un peu, sans quoi il risque de lui arriver ce qui est arriv&eacute; &agrave; &OElig;dipe. C&rsquo;est ce que pense Sophocle, et je suis assez de son avis. Dans le d&eacute;bat entre &OElig;dipe et Tir&eacute;sias, je n&rsquo;h&eacute;site pas, je suis du c&ocirc;t&eacute; d&rsquo;&OElig;dipe.&nbsp;C&rsquo;est &OElig;dipe qui fondamentalement a raison, et non Tir&eacute;sias. L&rsquo;avenir lui appartient. Mais je veille en m&ecirc;me temps &agrave; ne pas me couper compl&egrave;tement de la tradition. Car elle a encore son utilit&eacute;. Elle maintient un certain nombre de rep&egrave;res. Mais je ne l&rsquo;absolutise &eacute;videmment pas.<br /><br /></span><span style="font:12px Trebuchet, Verdana, serif; font-weight:bold; ">Q.&nbsp;: Les &eacute;glises traditionnelles, avec leurs rites, coutumes et hi&eacute;rarchies, ont-elle encore leur raison d&rsquo;&ecirc;tre&nbsp;?<br /><br />E.W.&nbsp;: </span><span style="font:12px Trebuchet, Verdana, serif; ">Le christianisme s&rsquo;identifie aujourd&rsquo;hui &agrave; la modernit&eacute; chr&eacute;tienne, autant dire qu&rsquo;il vit d&eacute;sormais de sa vie propre. La pratique chr&eacute;tienne se d&eacute;veloppe elle-m&ecirc;me tr&egrave;s largement aujourd&rsquo;hui &agrave; l&rsquo;ext&eacute;rieur des &eacute;glises traditionnelles. Par pratique chr&eacute;tienne, j&rsquo;entends l&rsquo;assistance au prochain (au sens large), mais aussi d&rsquo;autres activit&eacute;s plus directement li&eacute;es &agrave; la parole, en particulier le travail des &laquo;&nbsp;psys&nbsp;&raquo;. Dans cette optique, on peut effectivement se poser la question&nbsp;: Les &eacute;glises traditionnelles ont-elles encore leur raison d&rsquo;&ecirc;tre&nbsp;? A mon avis oui. Elles maintiennent un certain lien avec le pass&eacute;. On vient de le voir, il est trop t&ocirc;t encore pour qu&rsquo;&OElig;dipe puisse aujourd&rsquo;hui d&eacute;j&agrave; se passer, compl&egrave;tement au moins, de la tradition. Il ne le peut pas. D&rsquo;o&ugrave; la n&eacute;cessit&eacute; d&rsquo;assurer un certain lien avec le pass&eacute;. C&rsquo;est ce que font les &eacute;glises traditionnelles. Mais c&rsquo;est un r&ocirc;le d&eacute;licat. Vous avez parl&eacute; des rites et des coutumes. Personnellement les rites ne me g&ecirc;nent en rien, je vis m&ecirc;me tr&egrave;s bien avec, certainement mieux en tout cas qu&rsquo;avec certaines c&eacute;r&eacute;monies d&eacute;pourvues de tout rite, o&ugrave; n&rsquo;importe qui fait n&rsquo;importe quoi. Je n&rsquo;aime pas du tout ces choses. Mais je n&rsquo;aime pas non plus l&rsquo;attitude inverse, celle consistant &agrave; tout ramener aux rites, &agrave; les f&eacute;tichiser, en quelque sorte, comme si le Verbe ne s&rsquo;&eacute;tait fait chair que pour permettre aux gens d&rsquo;accomplir un certain nombre d&rsquo;actes r&eacute;p&eacute;titifs (c&rsquo;est la d&eacute;finition m&ecirc;me du rite). Les rites n&rsquo;ont de sens que s&rsquo;ils permettent d&rsquo;aller au-del&agrave; des rites. Il en va de m&ecirc;me des dogmes. Ils n&rsquo;ont de sens que s&rsquo;ils permettent d&rsquo;aller au-del&agrave; des dogmes.<br /><br /></span><span style="font:12px Trebuchet, Verdana, serif; font-weight:bold; ">Q.&nbsp;: Et s&rsquo;ils ne le font pas&nbsp;?<br /><br />E.W.&nbsp;: </span><span style="font:12px Trebuchet, Verdana, serif; ">Eh bien, ils disparaissent. Hannah Arendt l&rsquo;explique tr&egrave;s bien lorsqu&rsquo;elle parle de la mort de Dieu. Dieu n&rsquo;est &eacute;videmment pas mort, cela ne veut rien dire, mais la mani&egrave;re dont on a pens&eacute; Dieu pendant des si&egrave;cles, elle, ne convainc plus. Je suis compl&egrave;tement d&rsquo;accord avec cette formule. Les dogmes ne se maintiendront, s&rsquo;ils se maintiennent, que si on les prend pour ce qu&rsquo;ils sont, &agrave; savoir de simples formes symboliques, des m&eacute;taphores autrement dit. En tant que symboles (ou m&eacute;taphores) ils renvoient &agrave; autre chose qu&rsquo;eux-m&ecirc;mes, &agrave; ce qu&rsquo;ils symbolisent justement. Car derri&egrave;re le symbole il y a la chose symbolis&eacute;e. C&rsquo;est vers la chose symbolis&eacute;e qu&rsquo;il faut aller (en l&rsquo;occurrence la parole). La nouvelle pens&eacute;e chr&eacute;tienne s&rsquo;inspire tr&egrave;s largement de ces principes.<br /><br /></span><span style="font:12px Trebuchet, Verdana, serif; font-weight:bold; ">Q.&nbsp;: On per&ccedil;oit en Occident une inqui&eacute;tude de plus en plus r&eacute;pandue quant &agrave; la survie m&ecirc;me de la civilisation que l&rsquo;Occident a instaur&eacute;e. L&rsquo;exploitation effr&eacute;n&eacute;e des ressources naturelles et humaines de la plan&egrave;te g&eacute;n&egrave;re des catastrophes en tout genre et des mouvements migratoires massifs. La population autochtone europ&eacute;enne est en voie de remplacement rapide par des populations venues d&rsquo;ailleurs. Le pouvoir qui incarne le monde chr&eacute;tien aux yeux du reste de l&rsquo;humanit&eacute; (les USA et leurs satellites) soul&egrave;ve par sa brutalit&eacute; et son hypocrisie la haine justifi&eacute;e des peuples qui en sont les victimes. Dans le m&ecirc;me temps, le monde occidental enferme ses propres sujets dans un carcan policier et id&eacute;ologique in&eacute;dit jusqu&rsquo;ici. Certains ont m&ecirc;me parl&eacute; de sovi&eacute;tisation. Comment conciliez-vous tout cela avec vos th&egrave;ses sur la modernit&eacute; chr&eacute;tienne&nbsp;?<br /><br />E.W.&nbsp;: </span><span style="font:12px Trebuchet, Verdana, serif; ">Le totalitarisme ne prouve rien contre la modernit&eacute; chr&eacute;tienne, c&rsquo;est le contraire exactement qui est vrai. S&rsquo;il n&rsquo;y avait pas la modernit&eacute; chr&eacute;tienne il n&rsquo;y aurait pas non plus le totalitarisme. Car le totalitarisme n&rsquo;a d&rsquo;autre raison d&rsquo;&ecirc;tre que de faire &eacute;chec &agrave; la modernit&eacute; chr&eacute;tienne. Il l&rsquo;implique donc forc&eacute;ment.<br /><br /></span><span style="font:12px Trebuchet, Verdana, serif; font-weight:bold; ">Q.&nbsp;: A la lecture de votre livre, on a le sentiment que le personnage qui incarne le mieux la libert&eacute; apport&eacute;e par le Christ est le personnage d&rsquo;Antigone, qui est ant&eacute;rieure &agrave; la R&eacute;v&eacute;lation. Sa libert&eacute; tient en deux caract&eacute;ristiques fondamentales&nbsp;: </span><span style="font:12px Trebuchet, Verdana, serif; ">autonomos </span><span style="font:12px Trebuchet, Verdana, serif; font-weight:bold; ">et </span><span style="font:12px Trebuchet, Verdana, serif; ">autogn&ocirc;tos</span><span style="font:12px Trebuchet, Verdana, serif; font-weight:bold; ">. Faut-il en conclure que l&rsquo;id&eacute;al chr&eacute;tien passe par une affranchissement total &agrave; l&rsquo;&eacute;gard des r&egrave;gles morales et comportementales de la soci&eacute;t&eacute; o&ugrave; l&rsquo;on vit&nbsp;? Par ailleurs, tout en &eacute;tant autogn&ocirc;tos, Antigone suit jusqu&rsquo;&agrave; la mort des principes de conduite implicites dont on sent bien qu&rsquo;ils n&rsquo;ont rien d&rsquo;excentrique, mais qu&rsquo;ils sont au contraire universels. L&rsquo;humanit&eacute; serait-elle porteuse d&rsquo;un substrat moral ind&eacute;pendant de toute &eacute;glise et de toute id&eacute;ologie&nbsp;?<br /><br />E.W.&nbsp;: </span><span style="font:12px Trebuchet, Verdana, serif; ">Aujourd&rsquo;hui encore on a le souffle coup&eacute; quand on lit la pi&egrave;ce de Sophocle. Et ce texte date d&rsquo;il y a 2&nbsp;500 ans&nbsp;! Il n&rsquo;a pas pris une ride, il est immortel. En ce sens, Antigone est bien la plus grande figure de l&rsquo;Occident, sa figure embl&eacute;matique, en quelque sorte. Vous dites que les principes de conduite d&rsquo;Antigone sont universels. Je n&rsquo;en suis pas persuad&eacute;. Ils ont peut-&ecirc;tre vocation &agrave; s&rsquo;universaliser, mais ce n&rsquo;est pas un hasard, &agrave; mon avis, s&rsquo;ils sont apparus en Occident. Nulle part ailleurs ils n&rsquo;ont leur &eacute;quivalent. Lorsque l&rsquo;Occident aura disparu corps et biens, c&rsquo;est d&rsquo;Antigone encore qu&rsquo;on se souviendra. D&rsquo;Antigone et d&rsquo;elle seule. Je ne me demande pas en lisant la pi&egrave;ce s&rsquo;il est bien ou mal d&rsquo;&eacute;riger la libert&eacute; en absolu. Je lis la pi&egrave;ce, et cela me suffit. Je sais qu&rsquo;Antigone est dans le vrai quand elle parle comme elle le fait. Il n&rsquo;y a pas un mot de trop, tout ce qu&rsquo;elle dit est juste. Elle est enti&egrave;rement dans ce qu&rsquo;elle dit, et ce qu&rsquo;elle dit l&rsquo;exprime enti&egrave;rement. C&rsquo;est beaucoup mieux encore qu&rsquo;&OElig;dipe. Antigone est l&rsquo;accomplissement m&ecirc;me d&rsquo;&OElig;dipe. &OElig;dipe est l&rsquo;autonomie encore balbutiante, Antigone cette m&ecirc;me autonomie parvenue &agrave; maturit&eacute;. On l&rsquo;emmure vivante, mais cela n&rsquo;a aucune importance, elle ressuscite pour l&rsquo;&eacute;ternit&eacute;. &bull;<br /><br />--> </span><span style="font:12px Trebuchet, Verdana, serif; "><a href="http://www.editions-xenia.com/livres/werner" rel="self">Page du livre</a></span><span style="font:12px Trebuchet, Verdana, serif; "><br />--> </span><span style="font:12px Trebuchet, Verdana, serif; "><a href="http://www.editions-xenia.com/auteurs/werner" rel="self">Page de l'auteur</a></span><span style="font:12px Trebuchet, Verdana, serif; "><br /><br /></span></div></div> </div> </body> </html>