Simone Chevallier saluée dans « La Nef »

La Nef, N° 178, janvier 2007


CELLE QUI AIMA JÉSUS
de Simone Chevallier
Xenia, 2006. 258 pages, 17 €.

Les jeunes éditions Xenia, dirigées depuis la Suisse par Slobodan Despot, ancien de L'Âge d’Homme, poursuivent leur surprenante et vaste entreprise de bon goût. C’est aujourd’hui la très injustement méconnue Simone Chevallier qui prend place dans leur catalogue. Égérie d’un certain Lucien Rebatet, qui la mit dans Les deux étendards, sanguine tempête des années cinquante depuis longtemps partie vers d’autres rives, la jeune poétesse s’était offert ce luxe dont rêve tout esprit chrétien un peu enthousiaste, mettre en scène dans un roman respectueux la vie du Christ. C’est par le biais de la Magdeleine, de la pécheresse pardonnée, à qui la narratrice sensuelle nécessairement s’identifie, qu’elle est parvenue à réaliser ce tour de force. Publié à l’origine à compte d’auteur, ce rapide roman avait déjà connu à son époque un étonnant succès. On ose espérer qu’il en sera de même pour la nôtre dont le sentiment en apparence blasé par des coquineries comme Da Vinci code trouverait là l’occasion de se racheter, s’il savait écouter les grésillements du feu poétique qui couve dans ces lignes. Oh, bien sûr, l’exégèse trouverait à y redire ct le Jésus parfois un peu sirupeux et ectoplasmique qu’elle nous sert agacera sans doute. Néanmoins, la hauteur du propos recherche, l’aventure du style, la douce violence de la mystique qui s’expriment ici sont assez rares pour qu’on vienne y puiser la joie de la Parole qui ne passera pas. C’est, n’en doutons pas. Elle qui inspire le poète dans son humilité, Elle qui le relève quand il s’abandonne. Lisez Simone, c’est de baroque mélancolie.
J. G.

Version pdf :
http://www.editions-xenia.com/pdf/026_LaNef0701.pdf